Loi d’orientation sociale : les handicapés sénégalais perdent patience

loiDiverses associations sénégalaises de défense des droits des personnes vivant avec un handicap ont réclamé la signature des différents décrets d’application de la loi d’orientation sociale, « conformément au vœu du chef de l’Etat ».

‘’Ces décrets vont de l’accès aux soins de santé à l’égalité des chances en passant par l’action sociale et préventive, l’éducation, la formation et l’emploi, l’accessibilité, l’habitat, le cadre de vie, le transport et la communication’’, a indiqué samedi, Dounou Sambe, vice-président de la section départementale de l’Association des personnes handicapées moteurs du Sénégal (APHM).

A l’instar de la communauté internationale, la section départementale de l’APHM de Dakar a célébré la Journée internationale des personnes handicapées.
Depuis 1992, cette journée est célébrée le 3 décembre de chaque année. En 2011, elle porte sur le thème : ‘’Un monde meilleur pour tous : inclure les personnes handicapées dans le développement’’.
A l’occasion, plusieurs associations et activistes sénégalais ont demandé la signature « sans délai » des 13 décrets d’application de la loi d’orientation sociale concernant les personnes handicapées.
M. Sambe a souhaité aussi la mise en place de commissions dont tous les corps de métiers sont représentés, médecins, juristes, sociologues, architectes, etc., pour donner le maximum de chances d’efficacité aux décrets.
Il a rappelé que le chef de l’Etat avait donné des instructions fermes aux ministres afin que chacun recrute trois personnes handicapées dans son département ministériel, en vue de garantir l’égalité des chances.
Dounou Sambe a soutenu qu’‘’il faut que les handicapés ayant le même niveau de compétence que les valides puissent au même titre que ces derniers’’. ‘’En tout domaine, a-t-il dit, les handicapés sont compétents ce n’est pas de l’aumône, mais l’exercice d’un droit inaliénable.’’
Sur le retard à la signature des décrets, les dirigeants de l’Association des personnes handicapées moteurs du Sénégal ont dit qu’ils ignoraient à quel niveau se situe le blocage. ‘’Nous souhaitons tout simplement que le ministère de tutelle s’active davantage.’’
Mercredi dernier à Dakar, le président de l’association SOS Handicap Réinsertion-Sénégal, Lamine Dabo, invitait les autorités à appliquer ‘’dans les plus brefs délais’’ la loi d’orientation sur les droits de cette catégorie sociale.
Il appelait toutes les organisations de défense des droits de l’homme à se mettre aux côtés des associations de personnes vivant avec un handicap pour que cette ‘’loi historique‘’ sur les droits de cette catégorie sociale ‘’soit appliquée dans les plus brefs délais’’.

‘’L’application de la loi permettra à nous autres Sénégalais d’accélérer notre cher pays vers l’émergence, dans la paix des cœurs et des esprits, pour un développement durable’’, disait M. Dabo, lors d’une conférence de presse en prélude de la Journée internationale.

Il invitait aussi le public au changement de perception et d’attitudes à leur endroit. ‘’Nous appelons nos concitoyens handicapés et ceux valides à changer de comportement et d’esprit à notre égard, afin que les mentalités opèrent une nouvelle citoyenneté.’’

‘’Le Sénégal s’apprête à vivre l’élection présidentielle en 2012. Ce scrutin que nous voulons apaisé, doit être l’occasion, pour nous personnes handicapées, d’amener les politiques à faire de la question du handicap un thème majeur du débat politique de 2012’’, annonce, dans une déclaration transmise à l’APS, l’Association des anciens pensionnaires de l’Institut des jeunes aveugles du Sénégal (AAPIJAS), créée à Lyon en France.

De son côté, Ibrahima Fall, candidat à l’élection présidentielle 2012, a préconisé, dans une déclaration, un projet de société qui favorise ‘’l’accès à la vie économique, sociale et politique’’ des personnes vivant avec un handicap.

‘’Nous tenons à sensibiliser le monde, afin qu’il favorise l’intégration et l’accès à la vie économique, sociale et politique des personnes handicapées’’, a-t-il dit samedi à l’occasion de la célébration de la Journée internationale des personnes handicapées.

‘’Toute action qu’un être humain ou un gouvernement entend mener doit inviter à modifier d’abord le regard que nous portons sur les personnes handicapées’’, a recommandé M. Fall, leader du Mouvement « Taxaw Temm ». Il est ancien Sous-secrétaire général des Nations unies.

Le Sénégal reste un des rares Etats de l’Afrique de l’Ouest à avoir mis les droits des personnes handicapées dans sa constitution, même si 1,2 million d’handicapés sénégalais attendent encore qu’ils soient traduits dans leur vécu quotidien.

Le gouvernement sénégalais promet un quota de 15% des emplois publics aux personnes handicapées. Ce premier pas, par le quota est un acquis, mais il est insuffisant, selon un expert en réadaptation, interrogé par l’APS.

D’après lui, ‘’faute d’égalisation des chances à la base, dans l’éducation, la formation, la prise en charge médicale et l’insertion, les travailleurs handicapés n’occupent que des fonctions de commis alors qu’ils ont des capacités à exercer dans toutes les fonctions’’.

Vendredi dernier, dans la perspective de la Journée internationale des personnes handicapées, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a rappelé, que le nombre de pauvres et de défavorisés est plus élevé chez les personnes handicapées, qui risquent deux fois plus que les autres d’être privées des soins de santé dont elles ont besoin.

‘’Dans certains pays, le taux d’emploi des personnes handicapées ne représente qu’un tiers de celui de la population totale et dans les pays en développement, on voit un écart de 10 à 60% entre le taux de scolarisation des enfants handicapés et celui des autres enfants dans le cycle primaire’’, a indiqué M. Ban dans un message à l’occasion de cette journée.

Plus de 15% de la population mondiale est touchée par une forme ou une autre de handicap, subissant stigmatisation et discrimination, selon le Rapport mondial sur le handicap que vient de publier l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

La Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et la Convention sur les droits des personnes handicapées adoptée en 2006 et entrée en vigueur en 2008 stipulent pourtant que tous les êtres humains sont égaux en droits, sans aucune distinction.

 

OSB/SAB

About The Author

Related posts